Retour sur une annonce présidentielle hors norme : une annonce fantôme qui masque les réalités du Val d’Oise, et surtout, qui ne semble pas en tenir compte. Si la parole politique se présente ici, à travers cet exemple, comme un impensé, notre département et ses habitants méritent, eux, que nous obtenions des réponses afin de construire un avenir commun adapté à nos enjeux et à l’évolution de la société.
- Une annonce fantôme qui masque les réalités du Val d’Oise
Le 24 août dernier, Emmanuel MACRON a annoncé la création de trois parcs d’attractions en Val d’Oise : « Du jamais vu depuis Disneyland », selon le Président de la République.

Les médias se sont emparés de la nouvelle, faisant tous référence à ce tweet du Président. Une « annonce hors norme », « une aubaine », « un projet colossal », les expressions et qualificatifs n’ont donc pas manqué pour saluer les 6 milliards d’euros investis dans ce projet porté par Mohammed ben Salmane. Ils en ont tous souligné les bienfaits, notamment grâce à la création de nombreux emplois directs : 22 000 paraît-il, selon le Président là encore.
Mais, pour la petite histoire, Mohammed ben Salmane n’est pas un simple investisseur. C’est un prince héritier et le Premier ministre d’Arabie saoudite. Rappelons qu’au-delà de la répression qu’il a mise en œuvre dans son pays, Mohammed ben Salmane a été reconnu, par la CIA, commanditaire d’un assassinat, celui du journaliste dissident américano-saoudien Jamal Khashoggi, connu pour ses prises de position particulièrement hostiles au Prince. Ce dernier a été retrouvé assassiné et démembré au sein du Consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, en Turquie, le 2 octobre 2018.
Alors, vous comprendrez bien que lorsque j’entends que Monsieur Mohammed ben Salmane est l’investisseur de ce projet en Val d’Oise, je reste circonspect et en attente de la teneur exacte de ce projet.
Puis, dans la suite de cette annonce du Président de la République, d’autres élus et la presse ont précisé que ce projet envisagé était destiné à accueillir un parc à thèmes dédié à l’univers d’Akira Toriyama, créateur du manga Dragon Ball en 1984.

Le lieu retenu, quant à lui, est annoncé comme celui de l’ancien site de Mirapolis, situé à Courdimanche. Si chacun peut s’accorder sur le principe qu’un projet en lieu et place de cette friche pourrait être une vraie opportunité pour les habitants et le Val d’Oise, la question reste cependant celui de son périmètre, de son contenu et surtout de son impact environnemental.
Ce n’est pas un détail. En effet, cette friche n’est pas un espace vide. Après 35 années, la nature a repris ses droits sur ce site abandonné : arbres, oiseaux, chauves-souris, faune et flore en tous genres, ont intégré les lieux. Que dire de notre combat quotidien sur la préservation des terres agricoles dans notre département ou encore de l’absence de concertation locale sur ce sujet ?
Cette annonce engendre de facto de nombreux questionnements légitimes, voire des mécontentements, et la population organise la riposte.
Aussi, face à cet emballement médiatique, et dès le 25 août 2026, j’ai publiquement réagi à cette annonce avec plusieurs questions : que savons-nous de ce projet à part cette annonce médiatique ? Quel contenu ? Quel périmètre ? Quel modèle économique ? Quels financements publics ? Quel sens pour notre territoire ? Quel intérêt pour la population ? Quel coût écologique ? Quelles contreparties ou garanties d’un tel partenariat entre la France et l’Arabie Saoudite ? Relayant ainsi les questionnements de nombreux habitants et élus du territoire.
Cette annonce, sans contenu, illustrée à l’aide de photos issues de l’intelligence artificielle ou encore de photos empruntées à d’autres projets étrangers futurs, sans aucun lien avec le Val d’Oise, pose d’innombrables questions auxquelles personne n’a la réponse, puisqu’aucun dossier technique n’a été transmis ou n’est accessible. Ce qui, pourtant, est le préalable de tout projet. Il serait surprenant par exemple que cette situation se présente au local : imaginons Monsieur le Préfet annoncer dans la presse une subvention inédite de l’Etat pour un projet dans une commune ; projet inconnu de la commune elle-même.
Une chose est apparue cependant certaine : cette annonce repose sur une parole : celle du Président de la République. Aussi, mon attente est simple : quand allons-nous pouvoir nous mettre, nous acteurs du territoire, autour d’une table pour prendre connaissance de la réalité d’un tel projet pour notre territoire ?
C’est pourquoi, j’ai posé officiellement cette question au Premier Ministre à travers une publication parue dans le Journal Officiel du 3 septembre 2026 :

II. Une parole politique impensée mais un avenir à construire
Une semaine s’est écoulée. Puis, un communiqué a terni l’enthousiasme des partisans du projet : celui de la société japonaise qui dispose de la licence Dragon Ball, qui vient réfuter toute autorisation : « Les détenteurs des droits n’ont accordé aucune autorisation à ce sujet, et nous n’avons connaissance d’aucun fait de ce type ». Voilà un premier camouflet.

Ceci vient répondre en partie à l’une de nos questions : le contenu de ces parcs n’est donc pas encore calibré. En cette période déjà complexe et particulièrement « saturée » socialement et économiquement, avions-nous vraiment besoin d’une parole politique impensée ? La réponse est définitivement non.
Un projet pour ce site abandonné depuis 35 ans serait sans aucun doute une bonne nouvelle pour le territoire. A condition qu’il soit construit avec les acteurs qui vivent et qui font vivre ce dernier et surtout, que ce projet soit en adéquation avec les attentes des français, notamment celles liées au pouvoir d’achat et au respect de l’environnement. Il semble qu’il y ait encore du travail sur ces sujets.
Sénateur du Val d’Oise, je suis prêt. Je suis prêt à prendre connaissance du projet et à travailler.
J’attends donc des nouvelles du Premier ministre à ce sujet.

