Le règne de Macron aura été celui du « fonctionnaire bashing » et de la mise au rabais du service public. C’est sans doute pour cette raison qu’aujourd’hui, plus personne ne se révolte ou ne s’étonne (même les médias n’en parlent pas) de la situation salariale actuelle des agents de service public.
Même dans nos administrations locales, ce n’est pas un sujet de discussion, tant nos agents sont affairés à répondre aux besoins des habitants et à organiser un bon fonctionnement de la vie en société… et pourtant : quand ils relèvent la tête, beaucoup se tournent vers le privé et abandonnent le service public. Cette situation va sans aucun doute se confirmer dans les mois à venir. Pourquoi ? Comment, en voici quelques raisons évoquées ici.
I. La revalorisation du SMIC et son impact sur la situation salariale des agents publics
La revalorisation du SMIC au 1er juin 2026 a été actée : +2,41 %, soit un SMIC à 1 867,02 € bruts. Cette revalorisation est automatique. En effet, l’INSEE a confirmé le 13 mai 2026 que l’indice des prix à la consommation* a augmenté de +2,5 % par rapport à novembre 2025. Le seuil légal de +2 % a donc été franchi et la revalorisation du SMIC au 1er juin 2026 est donc juridiquement acquise.
Déjà, au 1er janvier 2026, cette revalorisation automatique du SMIC à 1 801,73 € avait engendré de forts impacts pour de nombreux agents de la fonction publique : près de 360 000 agents s’étaient retrouvés rémunérés sous la barre du SMIC.
Au 1er juillet 2026, avec cette nouvelle revalorisation, les effets seront sans précédent sur la rémunération dans la fonction publique et toutes les catégories d’agents seront concernées :
- Tous les agents de catégorie C de la grille C1 du 1er au 10ème échelon (la grille n’en comporte que 11) et la moitié des agents en grille C2 auront désormais un traitement indiciaire inférieur au SMIC. Par ailleurs, pour les agents de catégorie C, il faudra désormais attendre 19 ans d’ancienneté pour avoir un traitement indiciaire supérieur au SMIC.
Mais qui sont « les agents de la grille C1 » ?
Tout simplement les agents des services techniques qui s’occupent des espaces verts, des déchets, des voiries, de l’éclairage public, de la réparation des bâtiments, de l’entretien des écoles, de la restauration scolaires…, les agents administratifs qui reçoivent le public et gèrent les questions d’urbanismes, d’affaires générales, de la gestion de nos cimetières…. Il s’agit aussi des ATSEM dans nos écoles, des animateurs de nos centres de loisirs, … bref, un ensemble de métiers indispensables au bon fonctionnement de la société. Et tout cela, dans un silence assourdissant.
- De même, tous les agents de catégorie B du 1er au 5ème échelon auront aussi désormais un traitement indiciaire inférieur au SMIC. Cette situation est tellement inédite qu’elle engendre un effet qui ne s’était pas présenté jusqu’à présent : le concours externe de catégorie B perd tout intérêt salarial pour les agents ou futurs agents ! Désormais, un lauréat à ce concours percevra la même rémunération qu’un salarié au SMIC dans le secteur privé. Se retrouver dans cette situation après plusieurs années d’études et la réussite d’un concours sélectif n’encourage pas l’entrée dans la fonction publique, ni même les « vocations »…. La qualification n’est donc plus un différentiel salarial à l’embauche.
De plus, cette catégorie B est censée rémunérer dans la fonction publique des postes à encadrement intermédiaire ou à expertise technique. Autant dire ici que ces que ces fonctions ne sont désormais plus reconnues dans la fonction publique ; ce qui pose un réel problème à portée managériale.
Et, une fois n’est pas coutume : tous les agents de catégorie A au 1er échelon seront désormais également concernés par un traitement indiciaire de +77 € par rapport au SMIC. Que dire ici de cette nouveauté ? C’est une déqualification alarmante de la fonction publique qui nous attend et, cela sonne, sans doute, la fin du « service public ». Près de 900 000 agents publics se trouvent dans cette situation ! C’est parfaitement inadmissible.
Ce tassement des grilles salariales engendre des effets désastreux pour nos administrations : une absence de reconnaissance du travail ou des compétences ou encore une absence de prise en considération de l’ancienneté professionnelle. Ceci entraîne un fort sentiment d’abandon dans nos territoires.
Au-delà des agents, c’est tout un système qui est mis à rude épreuve : ce sont des inégalités territoriales insoutenables qui s’invitent désormais dans le quotidien des collectivités et qui créent de l’amertume et de la compétition entre communes. Car en effet, plus une commune est riche, plus elle peut proposer une rémunération indemnitaire élevée. Cette rémunération indemnitaire élevée complète la rémunération indiciaire.
Elle vient donc renforcer la difficile attractivité de nos territoires les plus pauvres et appauvrit le service public là où il y en aurait tant besoin. Il y a urgence à réviser les grilles indiciaires pour redonner du sens au service public !
II. Des mécanismes à revoir : valeur du point d’indice et indemnité différentielle
Alors, bien sûr, il y a, au-delà de la rémunération indiciaire, l’indemnité différentielle.
Cette indemnité vient compenser financièrement, en partie bien entendu, une aberration politique. Mais elle ne peut servir de parade aux recrutements et aux propositions salariales effectuées dans ce cadre. Elle ne peut pas, également, être considérée comme un rempart financier à cette situation alarmante : la rémunération indiciaire proposée, pour les catégories citées, sera désormais toujours en-deçà du SMIC, bien qu’une indemnité différentielle soit versée à la plupart de ces catégories d’agents publics.
Qu’est-ce que l’indemnité différentielle ?
L’indemnité différentielle a été instituée en 1991. Elle a vocation à compenser l’écart entre le traitement indiciaire de base des agents de la fonction publique et le SMIC, en application du principe général du droit selon lequel aucun salarié, indifféremment de droit public ou de droit privé, ne peut être rémunéré en dessous de la valeur du SMIC. La mise en œuvre de cette indemnité différentielle ne requiert aucune délibération ou arrêté. Elle se matérialise par une ligne différenciée sur le bulletin de paie
Elle est entrée en vigueur pour pallier les défauts d’un mécanisme : dans la fonction publique, la valeur du point d’indice est fixée par décret du gouvernement. Il n’y a pas d’indexation automatique. En 2026, et pour la troisième année consécutive, le gouvernement a annoncé le gel du point d’indice pour les agents de la fonction publique. A nouveau cette indemnité différentielle permettra aux agents d’avoir une compensation pour répondre au principe général du droit.
[Petit aparté : notons qu’en l’an 2000 le point d’indice est resté gelé pendant 11 ans (sur une période de 26 ans). Ce point a cependant été dégelé à la fin de la présidence de Nicolas Sarkozy, donc peu avant l’échéance présidentielle de 2012 : un espoir peut-être que la situation se reproduise cette année au bénéfice des agents du service public, compte tenu de l’approche des élections présidentielles].
Historiquement, le point d’indice dans la fonction publique n’est donc pas indexé sur l’inflation (et c’est sans doute le cœur du problème) et dépend des décisions gouvernementales. A force de geler ce point, la situation salariale des agents publics ne cesse de se dégrader. En ce sens, la CGT estime la perte de pouvoir d’achat cumulée des agents de la fonction publique à hauteur de 31,55% depuis les années 2000.
Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous invite à lire cette note de la CGT parue le 1er juin 2026 :
III. Un effet sous-tendu : une retraite au rabais pour les agents publics
On pourrait se dire que les agents publics qui sont payés en dessous du SMIC vont cependant être compensés financièrement, pour la plupart, par cette indemnité différentielle. Mais au-delà de la question de rémunération, c’est l’effet sur la retraite des agents de la fonction publique qui est le plus inquiétant et problématique : dans cette situation, toutes les pensions de catégorie C deviennent inférieures au SMIC. Cette situation s’aggrave à chaque revalorisation du SMIC qui n’est pas compensée par une revalorisation du point d’indice.
Le code des pensions civiles et militaires de retraite fixe en effet un taux maximum de pension à 75% du traitement indiciaire détenu par l’agent pendant ses 6 derniers mois d’activité. Cette mécanique entraîne, de facto, une pension inférieure au SMIC. Ce sont ici des millions d’anciens agents publics qui vont se retrouver dans cette situation.
Conclusion
Cette situation de mise au rabais de la fonction publique doit cesser. C’est pourquoi j’ai écrit au gouvernement afin que deux mesures soient prises en urgence pour les agents de la fonction publique :
- Une revalorisation générale du point d’indice en 2026 pour rattraper les pertes cumulées, une refonte des grilles indiciaires en conséquence et un point d’indice indexé sur l’inflation tout comme le SMIC ;
- La sortie du dispositif d’indemnité différentielle : la grille indiciaire de la catégorie C doit démarrer au-dessus du SMIC, afin de faire disparaître ce mécanisme de correction.
Il en va de l’attractivité de la fonction publique et de sa survie dans nos territoires.
Retrouvez ici mon courrier à l’attention de Monsieur David AMIEL, ministre en charge de l’Action et des Comptes publics.



