Sur les grilles du jardin du Palais du Luxembourg en ce moment, il y a une magnifique exposition, inédite, intitulée « Le Sénat comme vous ne l’avez jamais vu ». Des photos sont apposées aux grilles et offrent un abécédaire décalé des travaux parlementaires et du fonctionnement du Sénat. Cette exposition tombe à pic. Elle est même particulièrement ironique à l’heure où le Sénat ne semble pas tourner rond et où en effet, le Sénat est tel que nous ne l’avons jamais vu. Mais que se passe-t-il derrière les grilles du Sénat ?
Elu Sénateur en septembre 2023, je découvre une chambre des collectivités parfaitement orchestrée, alors que nous sommes toujours, dans nos communes, soumis à une frénétique agitation depuis la crise du covid19. Chaque jour est un nouveau défi pour les élus locaux que nous sommes, et les crises s’enchaînent sans que parfois nous puissions apporter des réponses solides et durables aux habitants de nos territoires.
Au Sénat, tout paraît maîtrisé et sagement ordonné.
Mais très vite au Sénat, les choses ne tournent pas rond. Fin 2023, des remontées de Bercy intriguent : il circule que les ressources tant attendues ne rentrent pas dans les caisses mais le gouvernement ne semble pas s’en inquiéter.
Puis vient l’année 2024 où l’on découvre avec stupéfaction le déficit abyssal de la dette publique. Ce ne sont plus 4,4 % de déficit pour la France mais un déficit record – des plus catastrophiques jamais enregistrés hors période de crise – qui culmine à 6,1% du PIB.
Le Sénat bascule dans l’inédit.
Une valse de 4 premiers ministres en un an : nos collaborateurs et nous-mêmes sommes désarçonnés, nous ne savons plus à qui faire remonter les doléances et nous ne savons même plus si la nature de nos doléances fait partie d’un des portefeuilles de ces ministres qui vont et viennent. Certains périmètres de compétence disparaissent, pour finalement réapparaître.
Un jeu de piste grandeur nature.
La loi de finances est, quant à elle, décortiquée et votée bout après bout. Tout le monde s’interroge sur la constitutionnalité de ces événements. Rien n’est possible, puis tout le devient.
Dissolution, censure, loi spéciale.
De mémoire de Sénateur, personne n’a jamais vécu cela.
La loi de Finances reprend donc au Sénat. L’assemblée nationale disparaît du paysage.
La lettre « B » de ce bel abécédaire exposé au jardin du Palais du Luxembourg en ce moment est pourtant bien celui du « BICAMERISME ».

Là encore, on ne sait pas bien comment cela est possible ni comment cela se passe. Mais l’assemblée nationale n’aura pas son mot à dire sur ce nouveau projet de loi de finances voté au Sénat. Seuls 7 députés auront ce privilège lors de la commission mixte paritaire.
Chers élus, chers amis, lorsque vous me croisez et que vous me demandez comment cela se passe au Sénat. Sachez que cela se passe. Mais je ne sais pas comment. Et personne ne le sait donc vraiment. Cependant, j’ai appris une chose : quand rien n’est possible, tout devient possible.
Cela me donne donc beaucoup d’espoir pour la suite.