Travail, droit syndical et action publique

Le Samedi 24 janvier 2026, au Sénat, j’ai organisé un colloque intitulé « Replacer la question du travail et du droit syndical au sein de l’action publique ». Ce temps de réflexion collective était consacré à l’avenir des libertés syndicales et de la démocratie sociale. Le syndicalisme n’est pas un sujet désuet, il est au contraire d’une brûlante actualité. Retour en quelques lignes et en photos sur le colloque.

Alors que le droit du travail ne cesse d’être « flexibilisé », que les protections collectives s’érodent au nom de la compétitivité et que l’essor de « l’ubérisation» brouille les frontières entre salariat et travail indépendant, la question de la représentation des travailleurs et du rapport de force social redevient centrale.

À mesure que se développent les plateformes numériques et que s’imposent de nouvelles formes d’organisation du travail, souvent caractérisées par l’isolement des travailleurs et l’affaiblissement des cadres collectifs, le besoin d’instances capables d’organiser la parole et la défense des droits devient plus que prégnant.

Une défiance de plus en plus croissante au sein de nos institutions

Pourtant, cette réalité s’accompagne d’une forme de méfiance croissante à l’égard des syndicats, y compris au sein de nos institutions. Cette défiance s’exprime jusque dans l’enceinte du Sénat, ou je siège, à l’image de la proposition de loi (PPL) du groupe Union centriste, visant à concilier la continuité du service public de transports avec l’exercice du droit de grève, qui, in fine, revient à restreindre ce droit, fruit de longues conquêtes sociales.

Au-delà des interrogations que soulève sa conformité aux principes constitutionnels, cette PPL met en évidence la tentation du pouvoir politique de considérer les syndicats non comme des partenaires démocratiques, mais comme des obstacles. C’est une erreur. Nous, responsables politiques, avons besoin des syndicats.

La démocratie ne peut reposer uniquement sur le suffrage et sur l’action d’une poignée d’élus, elle suppose des contre-pouvoirs et des espaces d’expression collective. Les syndicats participent pleinement de cette architecture démocratique.

Le syndicalisme, puissant vecteur de lien social

En parallèle, la France connaît un contexte de répression syndicale particulièrement préoccupant, avec plus de 1 000 militants syndicaux poursuivis devant les tribunaux l’an dernier. Notre pays a ainsi été pointé du doigt dans l’édition 2025 de l’Indice des droits dans le monde de la Confédération syndicale internationale pour des violations répétées des droits syndicaux.

Mais le syndicalisme ne se résume pas qu’à cela. Il est aussi un puissant vecteur de lien social, un espace d’apprentissage, de rencontre et, à ce titre, d’émancipation. En donnant à chacun les moyens de comprendre ses droits, de s’exprimer et d’agir collectivement, il contribue à faire vivre une démocratie sociale sans pour autant que la démocratie politique s’étiole.

C’est donc pour toutes ces raisons que j’ai organisé ce colloque sur la nécessité de « Replacer la question du travail et du droit syndical au sein de l’action publique ».

Un colloque pour redonner sa place au travail et au droit syndical

Ce colloque trouve son origine dans la publication de la note intitulée « Que peut l’État pour renforcer le syndicalisme ? » (2023), rédigée par Baptiste Giraud, Maxime Quijoux et Karel Yon, pour le collectif Intérêt Général.

À la suite de cette publication et dans le cadre de l’organisation de ce colloque, un groupe de travail s’est constitué, réunissant Anne Braun, Zoé Coutin, Virginie Linard, Maria-Teresa Pignoni, Camille Signoretto, Hélène Viart et Frédéric Rey.

Ce groupe a élaboré un diagnostic approfondi des difficultés rencontrées par le syndicalisme en France et formulé un ensemble de propositions visant à y répondre.

Les travaux se sont structurés autour de trois axes principaux :

– Protéger les droits syndicaux ;

– Conforter la représentativité syndicale ;

– Renforcer la participation des salariés et des élus à l’organisation du travail.

Ces axes qui ont été le socle des échanges de ce colloque organisé le 24 janvier 2026 au Sénat.

Une ambition : un autre modèle pour redonner du pouvoir d’agir aux travailleurs

Fort de mon expérience d’ancien vice-président aux ressources humaines de l’agglomération Roissy-Pays-de-France, j’ai rappelé le rôle indispensable des contre-pouvoirs syndicaux dans le bon fonctionnement des services publics comme des entreprises.

Ce colloque était l’occasion de discuter de la reconstruction d’un cadre protecteur des libertés syndicales, du rééquilibrage des rapports de force dans l’entreprise ainsi que de l’instauration d’une démocratie sociale et d’une véritable citoyenneté au travail.

Ces trois axes : protéger les droits syndicaux, conforter la représentativité syndicale et renforcer la participation des salariés et des élus à l’organisation du travail ont engendré des échanges nourris, notamment sur la garantie effective du droit de grève, la lutte contre la répression antisyndicale, l’accès de l’ensemble des travailleurs à une représentation collective, ainsi que sur l’élargissement des droits des salariés en matière de participation aux décisions de l’entreprise.

Des propositions concrètes pour le débat public

Dans le prolongement de ces travaux, le groupe de travail a formulé plusieurs propositions concrètes, parmi lesquelles :

– Définir un droit de grève comme un droit reconnu à tout travailleur qui est soumis à un pouvoir;

– L’introduction d’une obligation de contrôle de l’administration du travail pour toute mesure disciplinaire à l’encontre de représentants des salariés;

– Obliger les entreprises à fournir un information claire et complète aux élus du personnel sur l’ensemble des données de l’entreprise sur tous les points hors secret de fabrication, offre publique d’achat et acquisition.

L’ensemble des thèmes abordés, ainsi que le détail des diagnostics et des propositions formulées par le groupe de travail, est consultable dans les documents ci-dessous

https://www.calameo.com/read/0081567420b6d7ec3eba0

J’ai profité de ces échanges pour rappeler, en conclusion, que l’ambition de cet événement était de contribuer à l’élaboration d’un projet de société alternatif, capable de redonner aux travailleurs un véritable pouvoir d’agir.

Ce colloque a désormais vocation à nourrir le débat public et à faire émerger des propositions concrètes en faveur du renforcement des droits syndicaux et du dialogue social.

Je tenais à remercier chaleureusement les intervenants qui nous ont fait l’honneur de participer à cette réflexion et le public.

Il nous appartient désormais, à nous parlementaires, de nous saisir des pistes formulées et de les traduire en initiatives législatives et politiques ! Au travail !

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