Au Sénat, je suis rapporteur de la mission « Solidarité, insertion et égalité des chances » dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances pour 2026. Cette mission recouvre plusieurs politiques publiques majeures, notamment l’inclusion des personnes en situation de handicap, la prime d’activité, ainsi que la lutte contre les violences faites aux femmes.
En septembre dernier, j’ai interrogé la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Mme Aurore Bergé, au sujet des différentes réductions budgétaires en matière de politiques publiques de lutte contre les violences faites aux femmes, à la suite de la publication, en aout 2025, d’un rapport de la Fondation des Femmes.


Voici la réponse qu’elle a apportée :


Dans sa réponse, madame la ministre semble en partie se détourner du problème en renvoyant la responsabilité vers les collectivités territoriales. Il est tout à fait discutable de leur en imputer la charge principale au regard du contexte budgétaire actuel, de leurs contraintes budgétaires, de leur perte d’autonomie fiscale et de la continue extension de leurs compétences !
Cette réponse soulève dès lors une question plus large : la lutte contre les violences faites aux femmes relève-t-elle uniquement de l’initiative et de l’action des collectivités territoriales ? L’Etat ne doit-il pas lui aussi s’inscrire dans une stratégie politique d’ampleur nationale, pilotée par ce dernier ?
Bien que le Grenelle des violences conjugales ait permis une véritable prise de conscience par les pouvoirs publics de la question des violences faites aux femmes, et qu’il se soit accompagné d’une augmentation des moyens qui y sont consacrés, ceux-ci demeurent très en deçà des besoins réels.
Les crédits dédiés à ces politiques sont ainsi passés de 134,7 millions d’euros en 2019 à 184,4 millions d’euros en 2023, soit une hausse d’environ 27 %. Pourtant, dans son rapport intitulé Où est l’argent contre les violences faites aux femmes ? publié en 2023, la Fondation des femmes estime qu’entre 2,6 et 5,4 milliards d’euros par an seraient nécessaires pour permettre aux victimes de sortir durablement des violences. Au regard de ces estimations, le budget actuellement consacré à ces politiques apparaît particulièrement limité.
Ce niveau de financement doit également être mis en perspective avec le coût économique des violences faites aux femmes. Dans notre rapport d’information consacré à l’évolution du financement de la lutte contre ces violences, que j’ai cosigné avec mon collègue sénateur Arnaud Bazin, nous estimions ce coût à environ 3,6 milliards d’euros par an.

Si l’augmentation des crédits consacrés aux politiques de lutte contre les violences faites aux femmes mérite d’être saluée, les moyens engagés demeurent encore insuffisants et semblent en décalage avec les prises de position publiques exprimées par plusieurs membres du gouvernement.
Si le gouvernement souhaite véritablement renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes, il est indispensable d’engager des moyens supplémentaires au niveau national, tout en soutenant les collectivités territoriales, qui jouent un rôle essentiel en accompagnant et en finançant les associations chargées de protéger et d’accompagner les victimes.

